jeudi 11 décembre 2008

Le dictionnaire du Malfaisant

otre ami Ambrose Bierce n’ayant pas réapparu à ce jour, nous estimons nécessaire de tenter de poursuivre son admirable œuvre lexicologique entamée avec son Dictionnaire du Diable (voir mon site), en appliquant sa technique de distanciation à l’analyse de l’édifice gouvernemental remarquable actuellement construit par M. Sarkozy. Afin d’éviter de plagier ce grand auteur et dans un souci constant de modestie rayonnante, nous nommerons cet essai


Le dictionnaire du Malfaisant



Remarque liminaire

Par une exception aisément compréhensible, l’ordre des entrées n’est pas strictement alphabétique.


Président de la République

Depuis peu, gouvernement, parlement et justice réunis en un seul homme. Selon l’aspect de ses urines du matin, fait ou défait ministres, magistrats, policiers, parlementaires, journalistes de télévision. Epouse un mannequin, voire deux.


Premier ministre

Majordome, capable de faire le dos rond au moyen d’une échine particulièrement souple ; en souffre parfois cruellement.


Ministre

Homme de main déguisé en valet de pied.


Garde des Sceaux, ministre de la Justice

Dame soucieuse de rehausser le prestige de la magistrature en lui suggérant quotidiennement par l’exemple le port d’élégantes tenues de grands couturiers.


Ministre de la Culture et de la Communication

Dame agrégée de lettres chargée de défendre avec éloquence et pugnacité les intérêts des grands groupes de communication privés.


Ministre de la Défense

Homme chargé de veiller avec la plus grande attention belliqueuse et des armes tout à fait létales à l’intégrité du système dentaire des pachydermes.


Ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative

Dame chargée de diffuser auprès des masses citoyennes les saines idées du Président sur la santé publique en gloussant le plus intelligemment possible.


Ministre de l’Agriculture et de la Pêche

Homme des montagnes chargé d’aplanir les montagnes de protestations des paysans et des pêcheurs.


Ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire

Homme chargé de développer durablement, au moyen de techniques intenses de concentration, l’affaissement buriné de son visage et le négligé sauvage de sa tenue.


Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi

Dame chargée de tester auprès de la presse et de l’opinion publique, par des annonces et déclarations multiples dans le domaine économique, la plus large palette possible de gaffes, bêtises, contresens, loufoqueries, palinodies et rectificatifs.


Ministre de l’Education nationale

Homme chargé de dégrader par tous les moyens possibles l’enseignement public en France afin de montrer que le masochisme et la tendance à l’autodestruction peuvent être des aides précieuses pour l’enseignement privé.


Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Dame chargée d’enseigner supérieurement que les chercheurs doivent trouver.


Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire

Homme chargé, malgré sa personnalité d’un humanisme voisin de l’hypersensibilité, des basses besognes de reconduite à la frontière d’étrangers attirés par sa luxuriante philanthropie.


Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des Collectivités territoriales

Dame chargée par le Président de la République de tâches très importantes, comme grimacer devant les caméras, cligner des yeux devant les photographes, grigner devant des préfets, etc.


Ministre des Affaires Etrangères et européennes

Homme activement occupé à persuader des étrangers aux quatre coins du monde que son brushing du jour est plus réussi que celui de la veille.


Ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique

Homme chargé de sous-estimer le déficit budgétaire et de surestimer l’enthousiasme des Français les moins rupins pour payer leurs impôts.


Ministre du Logement et de la Ville

Rate de sacristie confite dans la dévotion du Président, ce qui suffit amplement à justifier sa constructive inaction.


Ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité

Homme chargé de faire croire que les salariés travaillent dans des entreprises qui sont des grandes familles solidaires aux relations plus humaines que sociales.


Ministre en charge de la mise en œuvre du plan de relance

Homme chargé, malgré ses compétences notoires dans ce domaine, de relancer autre chose que la polémique.


Secrétaire d’Etat

Homme ou femme politique feignant. D’être ministre.


Secrétaire d’Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie

Homme chargé de trouver des francophones coopératifs à l’étranger pour agiter des petits drapeaux lors des voyages du Président de la République.


Secrétaire d’Etat chargé de la Défense et des Anciens combattants

Homme chargé d’entretenir des relations pacifiques avec les nouveaux et les anciens soldats.


Secrétaire d’Etat chargé de la Fonction publique

Homme chargé de promouvoir la fonction publique du cigare et des plaisanteries de patron de bistrot qui n’a pas fumé qu’un cigare.


Secrétaire d’Etat chargé de la Prospective, de l’Evaluation des politiques publiques et du Développement de l’économie numérique

Homme politique sincère, fidèle et dévoué, spécialisé dans les technologies de l'information et de la communication et le retournement de veste.


Secrétaire d’Etat chargé de l’Aménagement du territoire

Homme qui n’a pas compris que ménagement est un mot masculin.


Secrétaire d’Etat chargé de l’Emploi

Homme chargé de faire croire aux foules que les chômeurs sont des fainéants et les patrons des braves gens.


Secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie et de la Consommation

Homme chargé de faire croire aux citoyens que les produits industriels se consomment d’aussi agréable façon que les mariages.


Secrétaire d’Etat chargé de l’Outre-mer

Homme chargé de faire savoir que les DOM-TOM ne sont pas un groupe de rap.


Secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement

Homme chargé au Parlement de faire crier l’opposition et taire la majorité.


Secrétaire d’Etat chargé des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative

Homme chargé de conforter l’image de sa ministre en montrant activement qu’un sportif peut être au moins aussi léger de la tête que du pied.


Secrétaire d’Etat chargé des Transports

Homme qui voudrait s’occuper des transports amoureux mais qui cherche encore les amoureux.


Secrétaire d’Etat chargé du Commerce, de l’Artisanat, des Petites et Moyennes Entreprises, du Tourisme et des Services

Homme chargé de s’assurer que les petites entreprises ne font pas du tort aux grands groupes dont les dirigeants sont les amis du Président.


Secrétaire d’Etat chargé du Développement de la région capitale

Parigot, tête de veau ; Parisien, tête de chien.


Secrétaire d’Etat chargée de la Famille

Dame chargée de torcher les bambins et préparer le repas des adultes, ce qui est un peu au-dessus de ses compétences.


Secrétaire d’Etat chargée de la Politique de la ville

Ni pute ni soumise chargée des maisons.


Secrétaire d’Etat chargée de la Solidarité

Dame chargée de démontrer que la solidarité sans budget est bien moins efficace que la charité avec beaucoup de pognon.


Secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie

Dame chargée de faire comprendre aux crapauds qu’il leur faut emprunter les passages construits pour eux, même s’ils vont dans la direction opposée.


Secrétaire d’Etat chargée des Affaires étrangères et des Droits de l’Homme

Dame chargée de montrer qu’un joli minois peut remplacer avantageusement une belle intelligence.


Secrétaire d’Etat chargée du Commerce extérieur

Dame faisant commerce des charmes des entreprises françaises à l’étranger.


Secrétaire d’Etat à l’Intérieur et aux Collectivités territoriales

Homme qui n’est chargé de rien.


Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté

Homme chargé de démontrer que les solidarités actives sont plus efficaces que les solidarités passives.



dimanche 7 décembre 2008

Le quatuor de Rigoletto





Luciano Pavarotti
Joan Sutherland
Leo Nucci
Isola Jones

dimanche 23 novembre 2008

Contrastes




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samedi 22 novembre 2008

Contrastes

Madame la garde des Sceaux, ________________________________________________________Le dépôt du tribunal de
ministre de la Justice ____________________________________________________________grande instance de Créteil







































































mercredi 19 novembre 2008

Les vertus du brocoli

Cette nouvelle a dû être diffusée par l'Institut du Brocoli (Brocoli Institute for Health) car on la retrouve un peu partout sur internet ce matin.

Il est en effet démontré depuis longtemps que le risque de cancer du poumon est notablement réduit pour le fumeur en remplaçant chaque cigarette par 100g de brocoli longuement mâchés.

Du reste, chacun peut observer qu’à la suite de l’ingestion de brocoli ou autre crucifère comestible, les fumées toxiques du tabac sont absorbées par les intestins, qui les évacuent du corps sans danger pour les poumons et les voies respiratoires supérieures.

lundi 10 novembre 2008

Disparition de Myriam Makeba

n peu de passé qui s'en va, un peu de souvenirs qui arrivent, qui ne sont plus que des morceaux de mémoire vides de réalité.
Myriam Makeba, la joie et les chants et la lutte, et les duos avec Harry Belafonte.
Ce temps qui passe et fait passer les gens devrait s'arrêter de temps en temps pour laisser vivre les souvenirs, encore un peu.
Merci Myriam.
J'espère que le vieux là-haut, celui qui dit qu’il n’existe pas, aimera tes chansons.

mercredi 5 novembre 2008

La révélation tardive d’un terrible méfait

e ne peux pas garder ce terrible secret pour moi seul ; il me faut crier au grand jour le honteux forfait auquel il m’a été donné d’assister.

Après les abominables événements que j’ai narrés ci-dessous dans « La maison de l’indicible horreur », tout portait à croire que l’auteur de ces lignes était mort de frayeur avant l’incendie de la funeste baraque. En réalité, après un évanouissement dont je ne peux estimer la durée, je me suis réveillé, avec encore dans la tête l’ignominie qui en était la cause. Désespéré par cette information venue du futur ou du fond des âges par une sorcellerie inconnue, je dois dire que je mis un long moment à retrouver mes esprits et à me dégager de ceux qui m’avaient naguère si horriblement torturé.

Une fois revenu à une conscience à peu près claire, je fus stupéfié par le spectacle qui s’offrait à moi. La cave, tout en gardant sa forme et son volume assez vaste comme je l’ai dit, était maintenant fort confortablement garnie de meubles de style victorien, de fauteuils douillets en bibliothèques de bois foncé et de tapis de laine en tentures épaisses. Des fenêtres, bien anciennes semblait-il, ne dispensaient que des lueurs d’éclairage public, fort maigrelet du reste ; il me parut que ce devaient être des becs de gaz trouant à grand-peine un brouillard recouvrant une épaisse nuit. A un bureau ministre surchargé d’objets scientifiques, d’instruments de mesure, de livres de toutes tailles et de quelques boîtes de seringues, un homme lisait un journal.
Grand et mince, le visage émacié, il était strictement vêtu de tweed sévère et coiffé d’un curieux couvre-chef qui me parut familier. « Basil ? », tentai-je ; mais, d’incroyable façon, c’est le mot « Sherlock » qui sortit de ma gorge, ou plutôt d’une autre, car la voix était tout à fait différente de la mienne : un peu hésitante, tirant sur le fausset. C’est alors que je m’aperçus que j’étais vêtu d’une manière similaire au personnage qui me fixait maintenant et que j’étais assis devant lui, le regardant tirer fiévreusement des bouffées bleuâtres de sa pipe bourrée sans doute possible de tabac blond et miellé. Je sentis clairement que j’étais pourvu d’un joli petit ventre de protonotaire apostolique, de favoris sur les joues, sûrement blondasses tirant sur le roux, et de curieuses bottines d’intérieur douillettement fourrées, qui réchauffaient mes orteils vieillissants dans cette grande pièce où seule une cheminée lointaine peinait à combattre la fraîcheur humide qui semblait son ambiance coutumière.
Enfin je compris : Holmes et Watson, et je n’étais pas le plus intéressant ; ou plutôt, j’étais dans le crâne, passablement chenu mais indispensable, de l’hagiographe du grand homme.

Je ressentais la curieuse impression d’habiter ce corps peu enviable, mais en observateur, en élément neutre : je ne pouvais dire un mot ni esquisser un geste indépendamment de mon hôte, qui lui-même semblait ne rien savoir de cette étrange cohabitation.
Ainsi la voix reprit-elle : « ce quotidien est-il authentique ou le fruit de quelque supercherie de Moriarty ? ». Je reconnus le style empesé et solennel de cette vieille baderne de toubib, qui aura quand même bien mérité de suivre son mentor comme un caniche – que dis-je, comme un Yorkshire Terrier…
Holmes, levant les yeux du journal, que je reconnus sans peine comme celui qui avait causé mon malheur, l’air prodigieusement agacé, répondit, d’une splendide voix chaliapinesque semblant venir des tréfonds de l’enfer :
« Bien entendu, mon pauvre Watson. Il s’agit là d’un faux grossier annonçant des catastrophes ignobles » – j’en savais quelque chose – « à seule fin de masquer ses entreprises criminelles par des diversions diaboliques. »

Mon soulagement fut volcanique : donc, le funeste futur annoncé par ce torchon de Belzébuth n’était pas inéluctable… C’est alors que la porte, dissimulée derrière de lourdes tentures d’un bordeaux éteint, s’ouvrit assez vivement ; apparut une petite vieille dame boulotte et abondamment couverte de fuligineux lainages. Je reconnus sans peine Mrs Hudson, la logeuse de Holmes ; elle s’excusa de n’avoir pas attendu une réponse pour entrer, ayant frappé juste auparavant. Derrière elle s’impatientait un grand diable mince ressemblant comme deux gouttes de vieux sherry à Barack Obama, le président élu, ou presque, des USA. Holmes se leva alors et alla accueillir avec respect le nouveau venu, qui demanda à lui parler en privé. Watson, habitué à ce genre d’exercice, allait s’éclipser, mais Holmes le pria de rester, avec l’accord du grand diable, qui se présenta alors très simplement par ses nom et prénom : c’était bien Obama. Il dit quelques phrases à Holmes, dans un américain rapide et fort accentué, que je ne saisis qu’à moitié ; il demandait au prince des détectives d’enquêter sur une affaire privée. La rapide conversation achevée sur l’accord de Holmes, voilà que Watson, toujours un peu benêt, entreprit une causette avec notre hôte, lui demandant tout de go s’il escomptait mener une politique vraiment « sociale ». Obama réprima un rictus, puis une grimace, et finit par grincer :
« Cher docteur, ou bien je prends des mesures "libérales" et on ressuscitera Lee Harvey Oswald pour moi, ou bien je marche droit. Vraiment, Watson, vous n’êtes qu’une fieffée andouille ».
Watson, vexé comme un pou, baissa la tête, ce qui lui évita de trop voir Holmes qui ricanait sous cape dans son coin. Tout secoué d’une hilarité inhabituelle, celui-ci reconduisit son hôte en le priant d’excuser ce lourdaud qui posait de si benoîtes questions.
Revenant vers lui, Holmes s’arrêta soudain, et fixa le docteur avec une expression indéfinissable, visiblement en proie à une intense réflexion. Il se dirigea vers un mur éloigné, où une grande panoplie d’armes exotiques paradait fièrement, et en tira une sorte de casse-tête à long manche.

« Voyez-vous, Watson, ceci est un casse-tête amazonien, astucieusement confectionné à l’aide d’un galet de gneiss du Jurua et d’un manche taillé dans ce magnifique bois de pupunheira. C’est une arme redoutable, et le moment est venu de mettre enfin à exécution le projet que je forme depuis deux décennies : après la visite de M. Obama, l’occasion est parfaite. On ne peut rêver témoin plus prestigieux.
- Que voulez-vous dire, Holmes, chevrota le docteur ?
- Vous vous rappelez très bien, n’est-ce pas, Martina Koulibiakova, cette sublime et admirable jeune Russe que j’aimais de tout mon être, qui fut le seul amour de ma vie et que vous me ravîtes par perfidie ? Le temps de ma vengeance est enfin venu ; adieu, Watson. »
Et sans autre forme de procès, il assena un formidable coup de son arme sur le crâne du docteur, pétrifié d’horreur. Je ressentis une terrible douleur, puis soudainement me retrouvai à côté du corps de Watson, qui n’avait pas survécu ; sorti de ce corps maintenant sans vie et qui ne pouvait plus m’héberger, j’avais repris mon enveloppe charnelle.
Holmes, à peine surpris par ma présence soudaine, scruta mes vêtements et mes traits avec un regard d’aigle qui me transperça de part en part. Il glapit alors :
« J’ai tout prévu : je vais incendier ce lieu, qui redeviendra la cave que vous connaissez, et la police prendra ce corps pour le vôtre. Rappelez-vous, Renève : si vous touchez un seul mot de tout cela, fût-ce à un sourd-muet, je vous retrouverai jusqu’au fin fond du Yukon pour vous pendre par les testicules aux bois d’un orignal jusqu’à ce que mort s’en suive. »
Je déteste cet humour british qui prend un plaisir malsain à noircir encore des propos menaçants. Je sortis de la pièce avec la plus grande dignité possible, et me retrouvai à l’extérieur de la baraque, qui flambait déjà. Je ne perdis pas de temps en vains questionnements et m’enfuis à tire d’arpions.

Après ces révélations, je crois que je vais demander la protection de la police. Mais mes chances de survie sont minces : Sherlock Holmes, diabolique de perspicacité, saura toujours me retrouver. Mon seul espoir est qu’il casse sa pipe de bruyère écossaise avant que j’aille étudier les ophrys par le bas.
Je ne désespère pas : je t’aurai, vieux junkie, va.



lundi 3 novembre 2008

La maison de l’indicible horreur


ême si ces lignes ne sont jamais lues, il faut que j’écrive ce qui se passe.
Hier, jour de Toussaint, en me promenant dans le quartier de ***, j’avais remarqué une épouvantable odeur qui sourdait de cette maison, une bicoque à demi démolie au milieu d’une friche, un terrain vague en bordure de la voie désaffectée. Une odeur étrange car elle évoquait à la fois la chair en décomposition, comme ces remugles que les charognes dégagent, et l’œuf pourri, le soufre en somme, mais avec une telle combinaison des deux senteurs que l’ensemble était à la limite du supportable ; tout pour éloigner de cet endroit.

Je ne suis guère attiré par ce genre de chose – il y faudrait un considérable masochisme –, mais ce caractère unique de l’odeur, quoique ignoble, me fit m’intéresser au lieu : quelle abomination, carnée et corrompue sans doute, pouvait bien produire une telle horreur ? M’efforçant de respirer seulement par la bouche mais nauséeux à l’idée qu’elle était traversée par cet air malsain, je fis quelques pas dans le petit terrain qui entourait la construction. Des gravats épars, des immondices de toutes sortes, des broussailles folles m’empêchèrent d’approcher de la porte, un simple assemblage de planches qui ne fermait plus. Mais je vis alors dans son embrasure une lueur bleuâtre suintant de l’intérieur en vacillant, en ondoyant comme un liquide épais, et qui semblait venir vers moi ; au même instant, je crus entendre des cris inarticulés de terreur panique semblant sortir du sol lui-même.
J’avoue que je pris peur et que je m’enfuis sans demander mon reste.

La soirée et la nuit me furent difficiles. Je ne crois pas le moins du monde à l’au-delà, aux sorcelleries ni à toutes ces stupidités lovecraftiennes, mais ces événements m’avaient terriblement secoué. Après avoir vainement cherché le sommeil toute la nuit, je résolus au petit matin de retourner sur les lieux avec un appareil photo et un carnet de notes où je viens d’écrire ces lignes. J’ai aussi laissé un message sur mon répondeur expliquant où je me rendais.
Me voici maintenant devant cette maudite baraque. Plus de lueur. J’arrive enfin à la porte ; je la pousse et entre. L’odeur est ignoble, je rends tripes et boyaux. Et voici des croassements, des mugissements ; je ne vois rien qui explique.
Mes cheveux sur la nuque se dressent : c’est donc vrai. Les cris sont abominables, on dirait des nouveau-nés qu’on bat. C’est épouvantable.
Que des gravats terreux, de la poussière, des saletés sanieuses. Ma raison vacille. Sont là Haborym, Gamycyn, Belaam l’Inconnu, Astaroth peut-être. Pas de réponse, pas d’être mais le vivant de la pourriture.
Des hordes défilent soldats sans têtes le sang des esclaves bouillonne sur les dalles souillées. Le goût de l’abominable sur la langue tranchée. La fin de la peur sous la menace mortelle. Et partout cet amer.
La lumière rouge sang atroce vient de la cave. Escalier. Ma lampe.Vite.
Je suis tombé et assommé. Me relève, plus de bruit ni de lueur. Calme.
Je prends le temps de mieux noter car la chose est étrange : est-ce que j’ai rêvé ? Tout est normal dans cette cave, ravagée sans doute par des squatters, sentant la moisissure et le champignon comme toute cave ancienne. Encore étourdi, j’explore avec ma lampe cet espace assez vaste.
Des bouts de vêtements, des cartons éventrés, des journaux froissés en boule, des boîtes de conserve béantes indiquent que des gens ont habité un moment l’endroit ; pauvres malheureux. Il reste une table debout, tout au milieu.
Sur la table, un vieux journal. Je note. Curieux nom : « Libération Nationale ». Date : 2 novembre 2012. Titre : « Les jeunes filles méritantes reçues par le Président Nicolas Paul Sarkozy de Nagy-Bocsa ».
Hurle
Ma tête
Je ne peux pas supp

Extrait du Courrier de Chenôve du 4 novembre 2008.
« (…) Selon les premières constatations, l’homme retrouvé sans vie dans cette cave après l’incendie qui a détruit la baraque a probablement succombé à une crise cardiaque consécutive à une grande frayeur, comme en témoigne la terrible expression de son visage. Il tenait entre ses mains des feuillets manuscrits que la police se refuse à divulguer pour le moment.

Suivant une source proche du dossier, le Procureur de la République de Dijon invoquerait des motifs de "sécurité publique". »

lundi 6 octobre 2008

Quelques clowns







Cliquer sur les images pour les agrandir.

samedi 4 octobre 2008

Un art nouveau : le surréspam


epuis quelque temps et même un peu plus, j’ai la chance inouïe de recevoir dans ma messagerie des textes concis qui sont de véritables œuvres d’art. Il est tout à fait impossible de croire que ces bijoux de chatoyantes constructions de mots miroitants soient le produit brut de quelque traduction automatique ou hâtive : un kaléïdoscope ne délivre que les surprises qu’on y a prévues.

Ces courriels (mails pour les intimes), en général d’une brièveté de haïku japonais, prennent, sans que cela ne trompe aucunement le lecteur avisé, le tour et l’apparence de messages publicitaires banals, le génie en plus : qui pourrait jamais croire un seul instant que ces feux d’artifice sémantiques ne soient qu’utilitaires ?
L’art véritable dont ils témoignent ne se conçoit que dans la gratuité du propos, qui ne veut signifier que son propre sens émotionnel ou descriptif, sans qu’il soit jamais au service d’un but extérieur ; les plus grands artistes l’ont hélas appris à leurs dépens – l’expression est opportune.

Enterré, le Cadavre Exquis de nos bons Bretonnants. Ces messages réalisent de manière systématique, mais si diverse que le procédé ne lasse pas, un télescopage, un entrechoquement permanent de mots choisis avec le plus grand soin parmi les plus ordinaires de notre langue, afin que leur rencontre soudaine, et qui paraît fortuite à force de talent, produise un étonnant choc esthétique s’opposant avec la plus grande violence à leur signification originelle.
Ainsi vit-on en les lisant des événements linguistiques fabuleux, dignes des grandes épopées de l’humanité, qui voient se colleter la vaisselle et le pied à coulisse, le potiron et les vertèbres, la sous-préfecture et la brosse à dents, bientôt suivis, dans un carnaval sabbatique, par les accouplements frénétiques de la scie sauteuse et du bœuf miroton, de l’aspirine et du tire-bottes, et de l’ordinateur avec la bassine à confiture.

Vous pensez bien que, partageux par nature à l’indignation permanente des ultralibéraux gâteux, je n’allais pas résister à la tentation gourmande de publier les plus brillamment talentueuses de ces œuvres. Vous aviez raison : en voici un florilège, car je manque de best ofs en cette période de crise. Pas de récession, mais de crise. Là.

Je jure devant tout Dieu présentable et les hommes de bonne volonté que les textes ci-dessous ont été copiés-collés avec la minutie la plus sourcilleuse et sont l’exact reflet des scintillants originaux. Cependant, je préviens honnêtement l’ensemble des lecteurs : je traînerai par les cheveux , même sales, devant les tribunaux de proximité ou de distance tout indélicat qui aurait l’idée de reproduire, même partiellement et en patois, une de ces délicieuses mignardises, sauf dans la plaisante hypothèse où il accompagnerait son forfait d’un compliment bien tourné célébrant avec la plus grande mauvaise foi une des nombreuses qualités dont je suis dépourvu. Vons-y.


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NDLA J’écris de ce pas décidé à l’Académie suédoise pour la menacer des pires tourments de l’enfer libéral si elle n’attribue pas dans les quarante-huit heures son prix de littérature au génial auteur de ces messages méticuleusement surréalistes.

Addendum

Dimanche 5 octobre 2008

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Mardi 7 octobre 2008

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mercredi 1 octobre 2008

Quand nous criions au loup...

otre SuperDénicheurdeBoucsEmissaires désigne les "spéculateurs": en voilà une idée qu’elle est bonne et pratique. Mais un système économique est-il bon lorsqu’il permet de telles spéculations ? Qui donc a déréglementé presque totalement les opérations financières, tout en admettant les paradis fiscaux, ouvrant ainsi des boulevards aux purs spéculateurs en toute opacité ?

Rappelons-nous que dans le monde économique et politique, nombreux étaient ceux, bien avant la crise des subprimes en 2007, qui criaient au loup en prédisant que cette bulle gonflée de vide était malsaine et finirait par éclater en dévastant tout. Tous les petits rigolos soutenant le système, qu’on voit rappliquer pour accuser les Etats, leur riaient au nez et les traitaient bien sûr de gauchistes. Tenez, rien que ceci:

"Les premiers [les fonds d’investissement], cherchant par tous les moyens à maximiser leurs gains, peuvent provoquer les dégâts que nous avons vus. Quant aux seconds [les spéculateurs purs](qui sont parfois les mêmes), ils créent une masse énorme de capitaux improductifs purement artificiels. La Banque des Règlements Internationaux estime la capitalisation de ces marchés à fin juin 2006 à quelque 10 000 milliards de dollars [ Cf http://www.bis.org/statistics/...] ! Quel qu’en soit le niveau, il est certain que les capitaux concernés sont colossaux, et que ces marchés, qui confèrent déjà une grande instabilité aux bourses mondiales, représentent un risque majeur pour l’économie de tous les pays en cas de turbulences, provoquées par exemple par la faillite d’un intervenant important et les réactions en chaîne qui s’ensuivraient.
N’oublions pas que ces excès, qui peuvent, de l’avis de tous, mener à la ruine d’une partie importante de l’économie occidentale, ne sont possibles que par la déréglementation des marchés financiers, effectuée au nom - nous disons bien au nom - du libéralisme.
"

Excusez-moi de me citer: c’était dans cet article du 14 mars 2007 sur Agoravox: Le libéralisme: humanisme ou mercantilisme ?




jeudi 25 septembre 2008

A propos de normalité et de vertu

Un excellent article paru sur Agoravox (L’élaboration des normes psychiatriques) pose un certain nombre de questions sur la normalité.

A son propos, deux réflexions.
Tout d’abord, il est très étonnant de voir, à propos des "pédophiles", qu’en deux ou trois décennies seulement, on soit passés d’une tolérance amusée envers le pépé qui tripotait les petites filles dans la cour à une répulsion très forte - je ne dis pas qu’elle est injustifiée - pour des délinquants abhorrés. Quel est le cheminement d’idées et médiatique qui a changé aussi vite "l’opinion publique" et pourquoi ?
Ensuite, cette tendance à "dépister" les enfants "susceptibles" d’être délinquants (comme le dit joliment le décret Edvige), dès la maternelle: est-ce une volonté de diffusion de thèses génétiques comme celle du président actuel, ou pour "faire propre" en bas pour mieux masquer la saleté en haut ?

Je me demande si en fait nous ne revivons pas mutatis mutandis l’époque dite victorienne, où la pruderie des mœurs et la recherche d’une sorte de perfection dans la vie publique étaient le pendant et le paravent d’une formidable hypocrisie de la bourgeoisie triomphante, qui dans le secret des alcôves et des conseils d’administration se livrait à la débauche des corps et à l’exploitation des petites gens.
Il fallait bien cette chasse éperdue à la pureté des mœurs et à l’honnêteté des citoyens pour faire croire avec la solennité la plus sévère à la vertu de ceux qui la pratiquaient et pour faire supporter une sorte d’ascèse qui comportait la nécessité (fort chrétienne) de la pauvreté, voire de la misère.

Les promoteurs de la vertu ne peuvent être que vertueux: cet axiome les lave de tout soupçon et les drape dans une perfection nimbée de philanthropie qui est du meilleur effet auprès des naïfs.



Une grande avancée dans l’étude phylogénétique des crustacés

onsieur Népomucène Nicéphore Le Furtif, professeur émérite à l’Université des Sciences de l’Ame de Montmorillon, a publié ce jour une très importante communication à l’Académie des Sciences Infuses de Poitiers, dont nous reproduisons ci-dessous le passage le plus significatif.

« Au sein des Arthropodes, les crustacés forment un groupe problématique. Selon les études , il apparaît comme étant monophylétique, groupe frère des hexapodes (Tuberville, J.M., et al. 1991 ; Boore , J.L., et al, 1995 idem 1998) ou paraphylétique , avec les hexapodes groupe frère de certains taxons de crustacés (notamment les branchiopodes)
Le comportement des sous groupes Chicagoensis en milieu de capitaux flottants reste un sujet d’étude non encore exploré. »

Il n’échappera à personne que cette analyse lumineuse représente un pas de géant dans la compréhension analytique systémiquement structurale de la phylogénèse des Arthropodes, par la dimension vertigineusement fondatrice de sa réflexion épistémologique, qui prend toute sa valeur dans l’inspiration métaphysicoculinaire qui sous-tend cette pensée novatrice jusque dans la clarté limpide de sa formulation.

A propos du sous-groupe Chicagoensis, essayons de résumer les événements récents survenus chez les crustacés marins.
Il semble que certaines populations de Cancer financiarius (crabe financier) vivant ordinairement dans d’abondantes liquidités soient actuellement en péril après la dégradation de leur biotope provoqué par la surmortalité soudaine du plancton Subprima credita (subsp americana).

Précisément, les crustacés du sous-groupe Chicagoensis, particulièrement Friedmannia destructoria, n’y seraient pas étrangers, par leur action de sape continue sur les fondements sociaux des populations pélagiques, qui ne profite qu’à l’espèce de poisson Caballerus industrius (chevalier d’industrie), qui prospère en eaux troubles, souvent nommé Copinus sarkozii dans les eaux françaises (sous-espèces bouygus, arnaultis, dassaultus, lagarderum, etc.).

mardi 23 septembre 2008

On fait croire

On fait croire que l’ultralibéralisme, avec son corollaire la mondialisation, est le seul système économique possible.
On fait croire que tout ce qui n’est pas « libéral » dans le sens de l’ultralibéralisme est liberticide, collectiviste et totalitaire.
On fait croire que les Etats n’ont plus d’action possible sur l’économie.
On fait croire que les privatisations sont par essence sources de bienfaits pour l’économie.
On fait croire que l’Europe exige la privatisation des services publics.
On fait croire que les services publics sont inefficaces.
On fait croire que les concessions des services des eaux, de collecte des déchets, et tous les services publics privatisés profitent au contribuable.
On fait croire que l’éducation nationale française est en totale décomposition, et que les enseignants de maternelle changent les couches des enfants.
On fait croire qu’on fera des économies en supprimant des dizaines de milliers de postes d’enseignants.
On fait croire que les Français qui se soignent bien volent les autres.
On fait croire que le système de santé est au bord du gouffre financier et qu’il faut faire payer les malades eux-mêmes.
On fait croire que les Français les plus riches s’exileront si leurs impôts et leurs droits de succession ne baissent pas.
On fait croire que le système de retraites par répartition est moribond et qu’il faut privatiser tout cela pour un système par capitalisation.
On fait croire que les allégements de charges aux entreprises luttent efficacement contre le chômage.
On fait croire que le travail à temps partiel satisfait les salariés.
On fait croire qu’un chômeur qui refuse trois offres d’emploi est un salaud.
On fait croire qu’il est possible de vivre décemment avec le RMI, dont les bénéficiaires sont des fainéants.
On fait croire que les entreprises créent des emplois par vertu.
On fait croire que les entreprises agissent pour le bien de tous les citoyens.
On fait croire qu’on va punir les responsables de la crise des subprimes.
On fait croire que les immigrés viennent manger le pain des Français.
On fait croire que les sans-papiers qui travaillent sont des parasites.
On fait croire que tous les citoyens ont les mêmes chances de s’enrichir.
On fait croire que toute personne peut créer une entreprise et faire fortune.
On fait croire que l’Etat se soucie des mauvaises conditions de logement de millions de citoyens.
On fait croire que la liberté de chacun s’accroîtra en supprimant la solidarité.
On fait croire que la richesse matérielle fait le bonheur des hommes.
On fait croire que la politique de l’Etat profite à tous les citoyens.
On fait croire que l’Etat lutte contre les inégalités matérielles.
On fait croire que la liberté ne peut être que l’égoïsme.
On fait croire que l’égalité ne peut être que la naïveté.
On fait croire que la fraternité ne peut être qu’une utopie communiste.


Qui ça on ?
Le pouvoir politique français.
A qui tout cela profite-t-il ?
Exclusivement aux plus riches,
les amis et commanditaires du pouvoir politique français,
qui ment aux citoyens.

lundi 15 septembre 2008

L’économie élitiste de marché



Le juriste et sociologue Alain Supiot, dans un article paru dans Le Monde du 25 janvier 2008 [1], décrit par une remarquable synthèse les caractéristiques de nombre de gouvernements en fonctions et définit pour les nommer une notion d’« économie communiste de marché », expression employée par les dirigeants chinois actuels.

Il montre en premier lieu que, dans deux arrêts récents (affaires Viking et Laval) , la Cour de Justice Européenne, qui se substitue (étrangement) pour partie aux représentants des citoyens de l’Europe dans la fonction législative, avait institutionnalisé la liberté de choix des entreprises contre celle des salariés de protestation contre ces choix qui pourraient les léser. En l’occurrence, les deux arrêts ont donné raison à des entreprises qui avaient décidé d’appliquer le droit du travail le plus favorable pour elles, et le plus défavorable aux salariés, et nié le droit des salariés à la grève contre ces décisions.

Droit européen et défense des citoyens

Ainsi l’union européenne se fait-elle dans le sens d’un droit communautaire, qui échappe aux citoyens, à l’abri de l’action syndicale, alors même que le droit à la grève est exclu du champ des compétences sociales communautaires et reconnu par le Droit du travail de chaque pays membre.
Citons l’article : « A cette fin, les règles du commerce sont déclarées applicables aux syndicats, au mépris du principe de “libre exercice du droit syndical”, tel que garanti par la convention 87 de l’Organisation internationale du travail (OIT). » Or, « Le droit de grève et la liberté syndicale sont le propre des vraies démocraties, dans lesquelles l’évolution du droit n’est pas seulement imposée d’en haut, mais vient aussi d’en bas, de la confrontation des intérêts des employeurs et des salariés. »
L'auteur estime que cette orientation du droit communautaire va précisément dans le sens d’une réalisation des « projets constitutionnels de l’un des pères du fondamentalisme économique contemporain : Friedrich Hayek. Hayek a développé dans son œuvre le projet d’une “démocratie limitée”, dans laquelle la répartition du travail et des richesses, de même que la monnaie, seraient soustraites à la décision politique et aux aléas électoraux. »

L’économie communiste de marché

Les dirigeants chinois appellent « économie communiste de marché » la forme de gouvernement politique et économique qu’ils appliquent depuis quelques lustres, qui peut également nommer celle de nombreux pays d’Europe de l’Est, et qui concerne largement aussi les tendances des institutions européennes et de nombreux gouvernements démocratiquement parvenus au pouvoir un peu partout dans le monde et notamment dans l’union européenne.
« Edifié sur la base de ce que le capitalisme et le communisme avaient en commun (l’économisme et l’universalisme abstrait), ce système hybride emprunte au marché la compétition de tous contre tous, le libre-échange et la maximisation des utilités individuelles, et au communisme la “démocratie limitée”, l’instrumentalisation du droit, l’obsession de la quantification et la déconnexion totale du sort des dirigeants et des dirigés. Il offre aux classes dirigeantes la possibilité de s’enrichir de façon colossale (ce que ne permettait pas le communisme) tout en se désolidarisant du sort des classes moyennes et populaires (ce que ne permettait pas la démocratie politique ou sociale des Etats-providence). Une nouvelle nomenklatura, qui doit une bonne part de sa fortune soudaine à la privatisation des biens publics, use ainsi de la libéralisation des marchés pour s’exonérer du financement des systèmes de solidarité nationaux.»

La sécession des élites

Et de conclure : « Cette “sécession des élites” (selon l’heureuse expression de Christopher Lasch) est conduite par un nouveau type de dirigeants (hauts fonctionnaires, anciens responsables communistes, militants maoïstes reconvertis dans les affaires) qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’entrepreneur capitaliste traditionnel. »

Il cite enfin, pour montrer les signes explicites de ce comportement dans notre pays, les propos de M. Kessler, PDG de la SCOR (5e réassureur mondial) et ex-vice-président du Medef, qui assenait en octobre 2007 : « Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! (...) (qui) se tradui(si)t par la création des caisses de Sécurité sociale, le statut de la fonction publique, l'importance du secteur public productif et la consécration des grandes entreprises françaises qui viennent d'être nationalisées, le conventionnement du marché du travail, la représentativité syndicale, les régimes complémentaires de retraite, etc. » [2]


L’économie élitiste de marché

Décrivant nous-même ce type de pouvoir depuis longtemps, plus que « économie communiste de marché », qui est un paradoxe nécessitant des explications, nous proposerons l’expression « économie élitiste de marché ». Elle nous semble bien décrire cette forme de gouvernement menée pour leur propre profit par des dirigeants cooptés, qui réunissent parfois avec ostentation deux pouvoirs, le politique et l’économique, ce dernier se traduisant par leur enrichissement personnel.
Ils arrivent au pouvoir et s’y maintiennent soit par la contrainte (Chine, Russie il y a peu) ou par la ruse pseudo-démocratique, en prenant l’apparence de dirigeants de partis républicains et respectueux des lois, feignant d’œuvrer pour la prospérité et le bonheur matériel de tous les citoyens. Leur but n’est que de s’enrichir eux-mêmes et d’accroître toujours plus leur pouvoir sur les sociétés. En conséquence, une partie de leurs actions s’éloignent temporairement de leurs objectifs matériels immédiats, à seule fin de s’attirer, lorsqu'ils sont nécessaires, les suffrages indispensables à leur maintien par des voies démocratiques au moyen de mesures en faveur des classes moyennes supérieures : pour notre pays, citons la baisse de l’impôt sur le revenu des plus hautes tranches, des droits de succession, les allégements de charges sociales et de fiscalité sur les PME et TPE, etc.
Le système politique démocratique est verrouillé par cette sorte de caste qui ne recrute que par cooptation : les citoyens des classes populaires et moyennes, même supérieures, n’ont pas accès au cénacle de décision ; ceux qui s’engagent en politique, obscurs soutiers, n’obtiennent, sauf exception dûment médiatisée, que des fonctions et des mandats locaux qui ne leur donnent que des miettes de pouvoir.

C’est bien la forme moderne, adroite et discrète, de la ploutocratie.


[1] disponible sur http://lucky.blog.lemonde.fr/2008/02/02/alain-supiot-%C2%AB-voila-l-economie-communiste-de-marche-%C2%BB-une-critique-accablante-de-lunion-europeenne-par-un-europeen-specialiste-du-droit-du-travail-friedrich-hayek-et-la-democratie-limitee-s/

[2] Pour des détails , cf http://philippereneve.blogspot.com/2008/08/le-programme-du-gouvernement-actuel-est.html